Qui est Mike Monteiro ?

Auteur de différents ouvrages mais également de plus de 100 000 tweets et articles Medium, lorsqu’il a quelque chose à dire, Mike Monteiro ne s’en cache pas. Ses sujets préférés sont l’éthique du design de même que sa construction. Déprimé par le fait que l’on ne priorise plus les différents problèmes par leur importance sur Twitter, il quitte définitivement la plateforme après 10 ans.

Twitter, une bombe atomique ?

Image vectorielle d'une bombe avec le logo twitter

Prenez un chef d’État instable, des PDG peu regardant lorsqu’il s’agit de leur fric, un média social mondialement connu et vous obtiendrez la bombe atomique de ce 21ème siècle. Mesdames et messieurs, Twitter !

Le 23 février 2017, Donald Trump mange un cheeseburger devant Fox News. Et comme il regarde Fox News il commence à s’énerver. Alors, il fait ce qu’il sait faire de mieux dans ces cas-là : il prend son ordinateur et il tweet une connerie du genre « que son bouton nucléaire est plus gros que celui de Kim Jong Un. »  Sauf que, pour la Corée du Nord, ce tweet représente une déclaration de guerre.

Alors, Donald Trump n’est sans doute, qu’un déséquilibré qui agit comme un pré-ado en manque d’attention mais pas pour Twitter. Pour Twitter, Donald Trump c’est 2 milliards de dollars et une cinquantaine de millions d’abonnés. Est-ce que l’oiseau bleu serait prêt à laisser tomber 2 milliards de dollars pour sauver le monde de la bêtise et fermer son compte ? Pas sûr.

Tant qu’on en parle, Twitter utilise une politique d’utilisation et change les règles pour les adapter à la situation ou à la personne en fonction de sa notoriété, ce qui est totalement opposé aux principes éthiques et c’est le sens exact de la subjectivité !

Se cacher derrière un des premiers amendements des États-unis qui est la liberté d’expression et affirmer que les tweets de Trump méritent l’information en fait une bombe à retardement.

Ils mettent à jour leurs règles d’utilisation afin d'éviter l’exclusion de Trump. Dites nous que c’est une question d’affaires horribles, stupides et contraires à l’éthique ! Dites nous que sans lui, leur entreprise mourrait et qu’ils sont prêts à nous tuer pour se sauver ! Twitter ne voit pas Trump comme un problème mais comme une solution.

Mais dites-vous bien une chose, en laissant faire ces choses-là, les concepteurs de Twitter jouent avec nos vies. Parce que ce n’est pas une métaphore… On risque vraiment de tous exploser à cause de ces conneries ! Nous devons comprendre qu’il existe un code éthique dans notre travail. On n’adapte pas l’éthique mais on l’applique. Nous résolvons des problèmes et nous n’en créons pas. C’est pourquoi Mike Monteiro apporte 10 commandements à suivre afin de réparer ce gâchis.

Les 10 commandements à suivre pour un design éthique

Avertissement : quand Mike parle de design, il inclut les designers, les développeurs, les content strategists, ceux qui gèrent le budget… En fait, toutes les personnes qui seront en contact avec un projet.

  1. Un designer est avant tout un être humain

    Nous partageons tous la même planète et nous avons tous un impact sur les êtres humains qui nous entourent. En choisissant de devenir designer, on choisit d'impacter les personnes qui seront en contact avec notre travail. C'est pourquoi les effets que pourrait avoir notre travail sur la société sont la première chose à prendre en compte.

     Chaque être humain sur cette planète à l'obligation de faire de son mieux pour laisser la planète dans un meilleur état que celui dans lequel il l'a trouvé. 

    — Mike Monteiro
  2. Les designers sont responsables de ce qu'ils introduisent dans la société.

    Le design est un domaine d'action et celui qui le créé est responsables des choses qui portent son nom. Quand un designer produit une œuvre censée blesser d'autres êtres humains, il renonce à ses responsabilités de citoyen et de designer. Sans les designers, des compagnies comme Twitter ou Facebook n’auraient jamais vu le jour.

     Si l'on crée un système où l'esclavagisme est permis, on doit être prêt à devenir nous-mêmes esclaves. 

    — Mike Monteiro
  3. Les valeurs du designer passent avant la forme.

    Un design qui a pris en compte l'esthétique mais qui a été créé afin de blesser des êtres humains est mal conçu. Un designer doit toujours juger la valeur de son travail sur base de son impact plutôt que sur base de son esthétique.

     Un fusil cassé est mieux conçu qu’un fusil fonctionnel. 

    — Mike Monteiro
  4. L’expertise du travail

    Le travail du designer n’est pas seulement de produire, mais aussi de mesurer l’impact qu’aura ce travail sur la société. Il doit signaler cet impact au client. S’il est négatif, il sera de son devoir d’enlever toute négativité de ce travail. Si c’est impossible, son but sera alors d’empêcher la publication de celui-ci. Outre le fait de concevoir, il faut savoir évaluer l’impact économique, sociologique et écologique de ce que nous concevons. Et parfois il faut savoir dire non.

     Quand vous définissez quelque chose comme étant un cas extrême, vous ne faites que définir les limites de ce qui vous importe. 

    — Eric Meyer
  5. Chercher la critique

    Le designer devrait toujours chercher la critique afin de s’améliorer. On doit accepter la critique d’où qu’elle vienne. Quand elle est bien pratiquée, la critique sert à améliorer, évaluer un travail et empêche le mauvais travail de voir le jour.

     Si le travail du designer est si fragile et qu’il ne résiste pas aux critiques, il ne devrait pas exister. 

    — Mike Monteiro
  6. Connaître son audience

    Le designer propose une solution à un problème. Pour savoir si le problème est résolu, il faut rencontrer les personnes qui vivent avec ce problème. Il doit pouvoir s’attaquer à un problème à travers différents points de vue, différents besoins mais aussi différents vécus.

     Si vous voulez savoir comment les femmes utiliseraient quelque chose que vous concevez, placez une femme dans l’équipe qui le conçoit. 

    — Mike Monteiro
  7. Un designer ne considère personne comme négligeable

    Lorsque le designer réalise un projet, il vise son audience mais il existe également l’audience négligeable, parce qu’il la considère sans intérêt. On a tendance à créer une marge en exigeant des utilisateurs qu’ils fassent partie des classes que l’on a définies. Mais on ne peut pas prévoir toutes les classes et il y a forcément des laissés-pour-compte. Ceux-ci, ce sont les transsexuels qui doivent utiliser leur vrai nom, sous peine de voir leur compte supprimé. Ou les mères célibataires à qui on demande la signature des deux parents pour valider quelque chose. Ils ne sont pas négligeables parce qu’ils sont également humains.

     Les gens de la marge ne sont pas des cas extrêmes. Ce sont des êtres humains et les designers leur doivent leur meilleur travail. 

    — Mike Monteiro
  8. Un designer fait partie d’une communauté professionnelle

    Le designer fait d’une communauté. Dans laquelle, s'il fait quelque chose de malhonnête, ce seront tous les autres qui vont être impactés. Par exemple, si son travail est nocif, celui qui le reprend, aura deux fois plus de choses à faire. Certes, tout designer doit gagner sa croûte, mais sacrifier un autre designer pour son avancement personnel, impact toute la communauté. Ils doivent être une communauté unie et solidaire.

     Un concepteur cherche à construire la communauté, pas à la diviser. 

    — Mike Monteiro
  9. Un designer accueille un domaine diversifié et concurrentiel

    Tout au long de sa carrière, un designer doit chercher à apprendre de nouvelles choses qu’il ne connaît pas, en écoutant par exemple les expériences des autres, accueillir et encourager des personnes avec des cultures différentes. La diversité conduit à de meilleurs résultats et solutions. Et donc à un meilleur design. Le designer doit savoir quand parler mais également quand se taire afin de laisser la parole aux autres, c’est pourquoi l’écoute est importante. Le profit et l’argent ne doivent pas être les seules priorités, il faut entendre le besoin de son utilisateur car nous ne sommes pas que des consommateurs mais des humains.

     Vous ne vous tromperez jamais lorsque vous travaillez avec quelqu'un de plus intelligent que vous. 

    — Tibor Kalman
  10. Un designer prend le temps de réfléchir à lui-même

    Un designer va prendre le temps de réfléchir, il est important d’évaluer ses décisions prises récemment. Il reste fidèle à lui-même. Et, s’il dévie, il va corriger cela. Il faut réfléchir au type de marque qui va laisser. Le travail de designer consiste à s’entraider et à s’élever mutuellement. Les gens comme nous, ordinaires, ne construisent pas de bombes. C’est pourquoi le travail est un choix et il doit le faire bien ou ne pas le faire du tout.

     Si le lieu de travail est contraire à l'éthique, Il est un choix et donc il est préférable d’en changer. 

    — Mike Monteiro

Pourquoi avoir écrit la conférence  “ How to Build an Atomic Bomb ” ?

Le design et les technologies, parmi lesquels figure Twitter, sont conçus pour nous aider dans notre vie. Mais comme il l’exprime, on a construit un cauchemar. Twitter ne s’est jamais préoccupé de ce que les internautes pouvaient exprimer comme idées sur sa plateforme. Ils ont partagé une invention qui devait nous aider mais sans penser à ce que nous, internautes, en ferions.

Dans cette conférence, Mike Monteiro veut faire prendre conscience aux designers de l’impact que peut avoir leur travail sur la société et des responsabilités qu’implique le fait concevoir des choses qui auront une application dans le monde. Il nous met aussi en garde contre les événements à venir concernant cette bombe atomique, gérée par des Whites Dudes qui n’ont aucune idée de ce sur quoi ils sont assis.